2024 se présente déjà comme une année marquante pour les amateurs de musique Prog et Expérimentale. Dès le début de l’année, on a eu droit à des sorties audacieuses et ambitieuses qui ont élargi les horizons du genre. Plusieurs disques ont eu le mérite d'être remarqués, du Jazz Prog de Tigran Hamasyan, au Crossover Doom de Chelsea Wolfe, sans oublier le Prog Rock Néo Zélandais de Look to Windward ! Il y a eu aussi des beaux retours du côté de groupes comme Opeth et Monkey3 mais surtout Sleepytime Gorilla Museum que je pensais ne jamais voir revenir. Une année plutôt éclectique pour les Proggueux, et ça fait du bien de sortir de ces années infernales où tout ne tournait qu'autour du Djent et Metal Prog Moderne. Voici donc de façon subjective, les albums qui m'ont le plus accompagné durant cette année.
Les incontournables
- Spleepytime Gorilla Museum – of the Last Human Being
- Look to Windward – The Last Scattering Surface
- Tigran Hamasyan – The Bird of a Thousand Voices
- Opeth - The Last Will & Testament
- Caligula's Horse - Charcoal Grace
- Monkey3 – Welcome to the Machine
- Chelsea Wolfe – She Reaches Out To She Reaches Out To The
- Eivor - Enn
Spleepytime Gorilla Museum – of the Last Human Being
Parfois, j’ai besoin de me perdre. Pas juste dans un riff, un couplet ou un refrain, mais dans un vrai foutoir, un cyclone où tout ce qui est familier se déchire en mille éclats sonores. C’est là que Sleepytime Gorilla Museum entre en scène, une sorte de secte musicale surgie de nulle part pour balancer une claque magistrale à mes oreilles.
Quelle bombe, cet album. Ce nouvel opus, leur premier en plus de 17 ans, n’est pas juste un retour, c'est un cadeau inespéré. Une œuvre qui bouscule, qui intrigue, qui te fait cogiter lorsque que tu l'écoutes. Dès les premières notes, tu sens que tu n’es pas ici pour te détendre. Chaque morceau te propulse dans une dimension parallèle presque inquiétante et où les mélodies jouent avec tes nerfs. Le côté Cirque Malade de l’ensemble rajoute encore une couche de malaise !
Le chaos ici n’est pas gratuit, il est construit, réfléchi, presque chirurgical. Cet album est une œuvre qui exige ton attention, ton énergie, et parfois même un peu de ta santé mentale, le tout pendant plus d’1h !
Et ces voix… Je n’arrive pas à m’enlever de la tête à quel point elles m’évoquent Daniel Gildenlöw (Pain of Salvation) et Björk. En sachant qu’ils font partie de mes singers favoris, il n’y a qu’un pas pour être totalement embarqué par le chant de Sleepytime. Tantôt éthéré, tantôt excité, le chant est une invitation à se perdre dans cette étrange poésie sonore.
Le milieu de l’album est une explosion contrôlée. Il y a une sensation presque tactile ou enveloppante dans ce qu’ils créent, c’est presque perturbant, ils parviennent à s'immiscer dans notre tête et bien nous accrocher. Il y a des titres comme Silverfish qui ont le pouvoir de m’embarquer super loin avec cette douce voix introductive avec son orchestration cérémoniale.
Est-ce que c’est pour tout le monde ? Certainement pas. Mais pour ceux qui ont le courage de s’y aventurer, cet album est une expérience à vivre, pas juste un disque à écouter. Comme une fête foraine tordue où chaque attraction menace de te rendre barjot.
Look to Windward – The Last Scattering Surface
The Last Scattering Surface de Look To Windward frappe fort. Dès l’ouverture, le groupe nous plonge dans une mer de textures musicales riches, oscillant entre douceur et explosions de riffs dévastateurs. L'album s'épanouit dans des morceaux comme Why Ask? et Relic, où l’intensité s’allie à une beauté fragile. Et que dire de Dance of the Futile ? Un labyrinthe sonore de plus de dix minutes qui défie le temps. Chaque chanson est une exploration audacieuse, un univers en soi. J'ai été plus que ravi de pouvoir me replonger dans l'oeuvre de ce groupe tellement sous-côté.
Tigran Hamasyan – The Bird of a Thousand Voices
Ce musicien au talent hors normes continue d’étonner et de repousser les frontières du Jazz et du Fusion. Avec The Bird of a Thousand Voices, Tigran Hamasyan livre une œuvre ambitieuse et fascinante où son Jazz Prog teinté d’influences arméniennes rencontre des sonorités très influencée par le Rock et le Metal.
Pour ce double album de plus d’1h30, Tigran s’est entouré de musiciens de haut vol, dont le redoutable Matt Garska, batteur de Animals As Leaders (Djent/Metal Prog), un choix qui confirme l’orientation bien Rock de ce projet. Et pourtant, pas de guitare 8 cordes ici : Tigran remplace les riffs saturés par des lignes de clavier, aussi puissantes que complexes. Et, surprise, ça fonctionne à merveille !
Mais The Bird of a Thousand Voices ne se limite pas à un simple double album : c’est une véritable œuvre totale. Inspiré d’un conte arménien, l’album nous embarque dans l’histoire d’un prince en quête d’un oiseau magique dont le chant guérit les cœurs indifférents. Chaque morceau tisse un fil narratif à travers un mélange de jazz , de folk traditionnel, de métal prog et de pop éthérée.
Des morceaux comme The Kingdom explosent dès les premières notes, mêlant synthés atmosphériques, rythmiques frénétiques, et la voix céleste d’Areni Agbabian. D’autres, comme The Curse ou Areg’s Calling, révèlent une facette plus intime, portée par le piano et des harmonies délicates. Chaque titre semble convoquer une multitude de styles, tout en restant d’une cohérence impressionnante. Et pour couronner le tout, cet album s’accompagne d’un jeu interactif en ligne, d’un documentaire, et de vidéos cinématographiques réalisées avec son collaborateur Ruben Van Leer. Tigran nous plonge littéralement dans son univers, brouillant encore un peu plus la frontière entre musique et art visuel.
Avec ce projet, Tigran Hamasyan signe sans doute l’un des sommets de sa carrière. Une fresque sonore audacieuse et immersive, à la hauteur de sa virtuosité. Une œuvre qui ne se contente pas de raconter une histoire, mais qui nous invite à la vivre.
Opeth - The Last Will & Testament
Avec The Last Will & Testament, Opeth revient aux racines sombres et intenses de leurs débuts, retrouvant l’équilibre parfait entre Death Metal et son évolution Prog. L’album, autour d’un concept captivant lié à un testament post-Première Guerre mondiale, ravive l’intensité des growls tant attendus. Des morceaux comme S1 jonglent entre acoustique et Metal dévastateur, tandis que la batterie de Waltteri Väyrynen insuffle une nouvelle énergie. L’album se distingue aussi par une collaboration mémorable avec Ian Anderson (Jethro Tull), apportant une touche Prog unique.
Caligula's Horse - Charcoal Grace
Il y a des albums qu’on écoute comme on respire, naturellement, et d’autres qui demandent de plonger en apnée. Charcoal Grace est clairement la deuxième option. Les Australiens de Caligula’s Horse ont lâché une œuvre à la fois dense, rugueuse, et magnifiquement foutue, où chaque riff et chaque ligne de chant semble peser.
Dès l'intro avec The World Breathes With Me, j’ai pris une claque. Ce morceau ouvre l’album de la plus belle des façons, avec des riffs vraiment massifs. Puis vient Golem, un titre plutôt catchy, je dois avouer que dans le contexte de l’album, il n'a pas ma préférence, pas mauvais, mais il manque ce supplément d’âme qui fait frissonner.
Et là, Charcoal Grace entre en jeu, un morceau en quatre parties qui m’a collé dans mon fauteuil. Ces changements de rythme fluides, ces mélodies qui se construisent et explosent, et cette tension constante… C’est un vrai marathon émotionnel. Pourtant, je ne peux pas encore tout retenir. Les morceaux sont si complexes, si denses, qu’ils ne se laissent pas dompter facilement. Mais je sens déjà qu’il y a un truc qui va rester gravé, comme une empreinte qu’on découvre un peu plus à chaque écoute.
Pour moi, le moment de grâce est The Stormchaser. Ce titre est un équilibre parfait entre mélodie accrocheuse et profondeur émotionnelle. C’est un morceau qui m'a déjà fait siffler les mélodies par reflexe. Et enfin, Mute boucle l’album avec une puissance folle, une vraie apothéose qui laisse sonné.
Alors, où je place cet album dans leur discographie ? Bonne question. Ça va demander encore beaucoup d'écoutes pour le digérer pleinement, et très certainement du temps. Ce qui est sûr, c’est que Caligula’s Horse n’a jamais été aussi sombre et aussi ambitieux, sur un album qui dépasse l'heure, c'est une très belle performance.
Monkey3 – Welcome to the Machine
Alors que j’ai eu la chance de me rendre à leur concert à Lyon il y a tout juste une dizaine de jour, Monkey3 a littéralement dynamité la scène, je suis encore sous le choc. Leur dernier album, Welcome to the Machine est une expérience cosmique, et en live, c’est une véritable claque. Inspiré par les Pink Floyd (le titre est un clin d’œil évident), ce disque fusionne Rock Progressif et Post-Metal dans un voyage instrumental à couper le souffle.
Des morceaux comme Rackman, parfaitement calibré pour te marteler le cerveau, ou Kali Yuga, avec ses textures apocalyptiques et son intensité viscérale, prennent une dimension encore plus impressionnante en live. Et que dire de Ignition, qui ouvre l’album avec des synthés atmosphériques et des riffs fulgurants ?
Monkey3 a réussi avec cette dernière sortie à maîtriser l’art de marier puissance et subtilité, dans la lignée de leurs maîtres spirituels. Sur scène comme sur disque, Welcome to the Machine est une odyssée sonore exceptionnelle, à écouter sans modération.
Chelsea Wolfe – She Reaches Out To She Reaches Out To The
Le retour de Chelsea Wolfe, c’est comme plonger tête la première dans une mer noire d’huile, où chaque note te serre la gorge un peu plus fort. Après une période assez calme, elle revient avec She Reaches Out To She Reaches Out To She, un titre à rallonge, certes, mais une œuvre magistrale qui rappelle pourquoi elle est une figure incontournable de la scène Goth actuelle.
Contrairement à Birth of Violence, son précédent opus folk dépouillé (et franchement trop minimaliste à mon goût), cet album joue la carte du maximalisme à fond : des nappes industrielles écrasantes, des cordes complexes et une ambiance qui te transporte dans un univers pas très joyeux. Chelsea s’appuie sur sa voix éthérée, désormais contrebalancée par des instrumentations denses qui amplifient l’impact émotionnel de chaque morceau.
Dès l’ouverture avec Whispers in the Echo Chamber, on est pris dans un tourbillon sombre, une lente montée en puissance qui explose en une tempête de synthés bruyants. Puis vient House of Self Undoing, un banger Electro-Goth qui reste bien en tête. Everything Turns Blue ? Chelsea y livre une performance vocale déchirante, grandiose et poignante.
L’album peut sembler trop homogène mais pris dans son ensemble, je trouve qu’il est très cohérent et bien né. Avec She Reaches Out To She Reaches Out To She, Chelsea Wolfe ne réinvente pas sa formule, mais elle la peaufine à la perfection, je dirai pas qu’on atteint la qualité de Hiss Spun mais l’album a réussi à m’accompagner une bonne partie de l’année 2024 ! Et puis quel bonheur cela a été de pouvoir découvrir cet album live à Lyon et au Hellfest !
Eivor - Enn
L'album Enn d'Eivør m'a beaucoup bercé cette année, et sincèrement, je ne m’attendais pas à ce que ça devienne un tel coup de cœur. Je ne suis pas du genre à me laisser envoûter par la pop électro nordique, mais Eivør a cette manière de t'attraper et de t'emmener dans son univers entouré de fjords. Cet album offre quelque chose de presque hypnotique.
Au Hellfest, je l'ai vue sur scène présenter cet album, et je me suis dit qu'il y avait une véritable connexion. Rebelote lors de sa tournée sur Lyon. Upp Úr Øskuni, avec ce chant guttural, fait parti des titres qui m'ont le plus retourné. Cet album est une belle exploration, un voyage à travers des paysages et des textures uniques, avec des beats électroniques qui claquent et un riffing rock simple mais efficace. C’est pas du tout ce à quoi je m'attendais d’Eivør après son album Segl, qui était un peu plus sage. Là, elle s’éclate, elle sort de ses sentiers battus et elle balance des trucs qu'on n’avait pas vus venir. Et que dire à part que c'est excellent.
Parfois, je me demande si la dynamique n’aurait pas gagné à être un peu plus explosive, mais bon, ça fait partie de son truc à elle : une musique qui te met dans un état presque méditatif, qui te fait réfléchir. Cette intensité dans la voix, cette puissance brute m'aura transpercé toute l'année. Eivør, est la preuve que la musique peut être à la fois épique et intimiste, qu'on peut flirter avec l’électro, le folk, et même le metal, sans jamais se perdre. Elle a pris le meilleur de tout ça, et elle a créé un chef-d’œuvre moderne, frais, que je vais garder sous la peau encore un moment.
Ils sont pas loin du top :
Devin Townsend – PowerNerd
Après Lightwork, Devin Townsend revient avec PowerNerd, un album qui ne sera probablement pas classé parmi ses meilleures œuvres. Si le titre a un côté un peu comique, l’album lui-même explore des zones plus sombres, avec des morceaux simples mais chargés d’émotion. Musicalement, on est loin des délires complexes de Empath ou Deconstruction. Ici, l’accent est mis sur un Metal plus direct, parfois un peu plus léger, mais avec des riffs efficaces et une touche de mélancolie omniprésente.
Les thèmes sont personnels, presque bruts, avec des références à des périodes difficiles dans la vie de Devin. Bien que l’album soit moins dense que ses précédents, il se révèle plus satisfaisant que Lightwork. Des titres comme Goodbye ou Glacier se distinguent, mais c’est Ruby Quaker qui vole la vedette : un morceau décalé et fun qui, malgré son côté un peu fou, reflète bien l’esprit du projet.
Bref, PowerNerd reste un album solide, mais il ne viendra pas bouleverser l’ordre établi dans la discographie de Devin. Un bon cru, mais moins marquant que Empath sorti il y a déjà cinq ans.
Klone - The Unseen
The Unseen de Klone, c’est une immersion dans des paysages sonores à la fois mémorables et poignants, où chaque note semble raconter une histoire. Des morceaux comme "Magnetic", avec ses guitares lumineuses et sa dynamique apaisante, captivent instantanément. L'excellent Morgan Berthet derrière les futs, garde sa maîtrise habituelle toute en subtilité qui ajoute une profondeur palpable à l’ensemble, il a un style que j'apprécie de plus en plus et cela me procure le même effet chez Myrath dont il est membre également.
Cela dit, je dois avouer que The Unseen m’a moins transporté que Le Grand Voyage ou Meanwhile, deux albums qui trônent dans ma collection parmi mes préférés, tout artistes confondus. Si The Unseen séduit par son ambiance immersive et ses détails finement ciselés, il semble parfois manquer de ce souffle épique et de cette étincelle qui faisaient de ses prédécesseurs des chefs-d’œuvre. Un bel album, indéniablement, mais qui est passé à 2 doigts d'égaler la magie des grands voyages précédents.
Bent Knee – Twenty Pills Without Water
Twenty Pills Without Water est un album qui, dès les premières notes, rappelle pourquoi Bent Knee est un groupe à part. Le combo nous livre ici un disque magnifique, où les synthés dominent et où la nostalgie des années 80 imprègne chaque morceau. C’est une expérience musicale qui sait toucher là où ça compte, portée par une production soignée et une profondeur émotionnelle indéniable. Mais voilà, même si cet album a tout pour plaire, il lui manque ce petit quelque chose qui aurait fait de lui un incontournable, un de ceux qu’on écoute encore et encore, comme You Know What They Mean en 2019.
Il y a cette patte unique de Courtney, toujours aussi présente, qui arrache des frissons. Sa voix est d’une pureté et d’une fragilité incroyables, notamment sur des morceaux comme Illiterate et Big Bagel, où elle se joue des contrastes avec une aisance folle. Les arrangements sont somptueux, entre la douceur des synthés et des cordes qui viennent sublimer l’ensemble. On ressent cette volonté de créer une musique pleine de nuances, à la fois riche et délicate.
Mais, et c’est là que le bât blesse, il manque ce petit grain de folie, ce côté abrasif qu’on retrouvait dans leurs albums précédents. Le départ de Jessica à la basse et de Ben Levin à la guitare, deux éléments qui apportaient une certaine tension et complexité, se fait sentir. Certes, l’album est fluide et cohérent, mais il manque cette intensité brute qui rendait certains de leurs titres si saisissants. On aurait aimé quelques explosions, quelques moments où le groupe se lâche complètement, comme ils savaient si bien le faire.
Cela dit, Twenty Pills Without Water reste un très grand album. Peut-être plus accessible, plus calme, mais il ne manque pas de profondeur. C’est un disque qui mérite d’être écouté et réécouté, qui offre des trésors cachés dans chaque morceau, et qui risque de grandir avec le temps.
Leprous – Melodies of Atonement
Difficile de ne pas être un peu partagé quand on écoute Melodies of Atonement. Leprous, groupe que j’admire depuis ses premiers pas, semble s'éloigner d'une certaine essence qui m’avait fait fondre sur leurs premiers albums. Ce disque m’envoûte par sa production raffinée et ses ambiances parfaitement maîtrisées, mais à quel prix ? La lourdeur qui m'avait tant séduit par le passé semble avoir disparu, et à la place, un flot de synthés flotte dans les airs, souvent magnifiques, parfois un peu trop lumineux.
Like a Sunken Ship est sans doute le morceau où l’on retrouve un peu de l’intensité du Leprous que j’aime, avec ses riffs puissants et une dynamique plus percutante. Mais à part ce morceau, le reste de l’album ont un peu trop la saveur d’un plat réchauffé. Certes, le groupe s’essaie à une texture sonore plus diversifiée, les synthés se déploient avec brio, mais j’aurais aimé que le groupe prenne plus de risques avec une violence sonore plus marquée, à la hauteur de la complexité de leurs premiers albums. Les constructions des titres sont trop similaires tout au long de l’album, ça manque donc de surprises.
Einar, quant à lui, fait preuve d'une aisance vocale indéniable comme à son habitude. Pourtant on est loin de l’impact trouvé dans The Congregation ou Pitfalls.
Melodies of Atonement ne manque pas de qualités, mais en tant que fan des débuts, je me demande si cette nouvelle direction leur va bien. C’est un album que je vais probablement réécouter, mais il me semble que Leprous, dans sa quête de nouveaux horizons sonores, a perdu un peu de ce feu sacré qui m’avait énormément accroché !
Myrath – Karma
Je ne vais pas vous mentir, j’ai encore Legacy dans les oreilles depuis sa sortie en 2016, un album que je trouve toujours aussi percutant, avec ses mélodies implacables et ses influences orientales parfaitement maîtrisées. Shehili (2019) était sympa, mais il manquait ce petit quelque chose qui faisait la force de Legacy. Alors, avec Karma, j’espérais bien retrouver cette étincelle, mais force est de constater que le groupe ne m’a pas embarqué comme avant.
Bien sûr, on retrouve ce son typique de Myrath, ce métal progressif saupoudré de touches orientales, mais ça semble beaucoup plus sage ici. Des morceaux comme Into the Light ou Carry On, par contre, prennent une toute autre dimension en live. J’étais présent lors de leur dernière date à Lyon, et je vous garantis que le public était en feu, mais sur l’album, ces morceaux ne m’ont pas donné la même claque. Il y a une belle énergie, mais ça manque de l’intensité des premiers albums, celle qui te colle à la peau.
La production de Karma est propre, presque trop lisse, et si on perd un peu de cette rugosité qu’on aimait, c’est dommage. Certes, les refrains sont accrocheurs, mais l’album semble plus calibré pour toucher un public large que pour ravir les fans de la première heure. Et malgré tout, certains moments restent marquants, notamment les performances vocales de Zaher Zorgati qui restent impeccables.
Alors, Karma ? Un album solide, certes, mais trop loin de la magie qui faisait de Legacy une référence. Et même si certaines chansons s’imposent en live, sur disque, on sent qu’il manque un petit de cette personnalité originelle.
The Pineapple Thief – It Leads to This
Bon, soyons honnêtes : je n'attendais pas grand-chose de ce nouvel album, surtout après quelques sorties en demi-teinte ces dernières années. Et pourtant, impossible de ne pas jeter une oreille quand Bruce Soord et sa bande reviennent avec un nouveau projet. Après tout, on parle de The Pineapple Thief, groupe pilier du Prog rock mélancolique, accompagné du titan Gavin Harrison derrière les fûts. Alors, qu’en est-il de It Leads to This ?
L’album commence bien, avec un son plus musclé que ses prédécesseurs. On sent la patte de Harrison, cette précision chirurgicale qui transforme la moindre piste en terrain de jeu rythmique. Les guitares de Bruce Soord gagnent en mordant, la basse de Jon Sykes est parfois brillante, et les claviers de Steve Kitch jouent un rôle essentiel dans l’équilibre général. Mention spéciale à Rubicon, où tout ce petit monde trouve son groove.
Mais soyons francs : on est loin des pépites comme Tightly Unwound ou Your Wilderness. L’album peine à retrouver cette magie. Des titres comme « The Frost » manquent de punch, et même si des morceaux comme Now It’s Yours ou Every Trace of Us apportent une belle palette sonore (gros kiff sur les claviers rétro et la Whammy), l’ensemble reste trop sage, trop calculé.
Alors, It Leads to This, bon album ? Oui. Excellent ? Non. Il manque ce petit grain de folie, cette ambition qui faisait briller leurs grandes années. Mais si vous aimez un Prog mélancolique et bien produit, cela reste une écoute agréable. Juste qu'il ne faut pas s'attendre à être bouleversés.
Une année riche en sorties
2024 a été un excellent cru ! Et même si ce top, entièrement subjectif, a le mérite d'exister, il se concentre essentiellement sur ce que j'estime le plus proche de la mouvance Progressive ! Hors, il ne faut pas occulter d'autres belles sorties dans des genres proches ou moins proches qui méritent une oreille attentive :
- Kalandra – A Frame Of Mind : Un album que j'aurai énormément écouté, bien implanté dans mon TOP10 de mes plus grosses écoutes de l'année. Bien qu'il ne soit pas à considérer typiquement comme du Prog (et qui donc saute de mon bilan annuel), il reste un album de Folk Rock nordique sublime et ne mérite absolument pas de passer à côté !
- Julie Christmas – Ridiculous And Full Of Blood : Elle fut une de mes plus grosse baffe live cette année, l'album retranscris moins d'énergie que sur scène mais mérite le détour !
- Oranssi Pazuzu – Muuntautuja : Le Black Psychédélique des finlandais est comme à son habitude, à couper le souffle...
- Dvne – Voidkind : Après un Etemen Aenka d'excellente facture, Voidkind maintien le niveau ! Un excellent Post/Prog/Stoner venu d'Ecosse
- Dool – The Shape Of Fluidity : Un album prenant avec toujours cette patte inimitable de Raven Van Dorst, un bon Doom inspiré de quelques fulgurances Prog plutôt dynamique et engageant !
- Slift – Ilion : Les toulousains ne cessent de grimper populairement, et ils ont aussi beaucoup progressé techniquement ! De Psych Rock un peu trop proche de ce qu'il se fait en Australie, il sont devenu un groupe bien plus tranchant et efficace avec un nouvel album qui s'oriente petit à petit vers le style progressif.
- Oceans Of Slumber – Where Gods Fear To Speak : La sublime et charismatique Cammie Gilbert continu de me bercer avec son Metal moderne qui puise des influences occasionnelles dans le registre Prog. L'album vise l'efficacité, même si depuis l'oeuvre éponyme de 2020 je trouve qu'il y a une petite baisse de régime.
- Blues Pills – Birthday : Les suédois nous ont offert une excellente galette cette année, du Rock'n'Roll délicieux et hyper plaisant, mais également très féminin ! La voix d'Elin transporte tout au long de l'album et sait pousser le tout avec beaucoup d'énergie. Mon titre phare, et probablement le plus doux, est Top of the Sky, un track touchant et plein de sincérité.
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Originaire des Pyrénées, je traine mes pattes dans la scène Rock depuis plus de 20 ans. Je couvre les concerts avec mon vieux réflex d’une main et mon stylo de l’autre, toujours prêt à partager mon opinion. Que ce soit sur scène ou en festival, je balance mes chroniques et live reports capturant l’essence de ma propre expérience.


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