La rentrée Progressive se faisait au Rock’n’Eat ce vendredi soir et, au vu du monde qui s’est déplacé ce soir, l’affiche avait déjà fait son petit effet. Trois formations lyonnaises dans un registre Prog aux contours différents, mais toutes avec la volonté d’emmener leur public dans un voyage. Et pour le coup, la soirée a tenu toutes ses promesses.
Anahera
En ouverture, Anahera avait la lourde tâche de lancer les hostilités. Et franchement, impossible de parler de simple “mise en bouche” tant leur set avait de la consistance. Leur Post-Metal Progressif a ce pouvoir d’équilibrer l’onirisme et la rage brute. À certains moments, je retrouvais des couleurs proches de Karnivool dans la facette alternative des compositions, avant que la musique ne bascule dans des éclats plus rugueux rappelant Opeth.
Pierre, au chant, a littéralement capté l’attention. Avec sa gestuelle habitée et ses faux airs d’un Serj Tankian de ses débuts, il vit chaque note, chaque riff, et ça se ressent dans sa présence scénique. Sa voix oscille avec aisance entre douceur fragile, growls puissants et montées aiguës qui ne laissent pas indifférent.
Instrumentalement, ça cogne fort. Mateo balance ses riffs avec un plaisir communicatif, épaulé par Étienne à la basse cinq cordes, les deux s’en donnant à cœur joie pour faire virevolter leur tignasse. À gauche de la scène, Laurane, un peu planquée dans la pénombre, impose une rigueur technique irréprochable. Et derrière les fûts, Baptiste jongle entre subtilité et puissance, apportant une vraie richesse rythmique au tout.
Un set intense et immersif, qui laisse l’envie de découvrir leur EP Malkuth une fois rentré chez soi pour prolonger ce voyage.
Wedingoth
Changement d’ambiance avec Wedingoth, formation bien installée depuis plus de quinze ans dans le paysage Prog lyonnais. Leur credo, c’est l’éclectisme et la virtuosité, et ça se ressent autant sur disque que sur scène. Leur dernier album Five Stars Above avait déjà marqué un pas en avant, mais en live, les morceaux prennent une ampleur encore plus cinématographique.
Dès les premiers titres, la salle embarque dans une fresque sonore où riffs lourds et ambiances atmosphériques se marient sans jamais se marcher dessus. Le classique “I Don’t Care” arrive rapidement dans la setlist, irrésistible et magnétique. Mais la surprise est ailleurs, le groupe a revisité sa sélection par rapport à sa dernière apparition lyonnaise, puisant aussi dans ses albums plus anciens, ce qui donne une belle diversité… et une redécouverte bienvenue. J’avoue ne pas avoir reconnu tous les morceaux, j’ai pas bien fait mes devoirs, mais justement, ça m’a donné envie de me replonger dans leur discographie pour combler les trous.
Steven derrière la 6 cordes se place une nouvelle fois comme un pilier de la formation : technique, feeling, charisme… il envoie des shreds à la fois lumineux et précis, et réussit à titiller aussi bien l’oreille que le regard. Céline au chant a fait parler son charisme et sa technique vocale. Un moment que je trouve souvent marquant, est de la voir accroupie au-devant de la scène et murmurer tout en laissant monter la pression sur le climax de “Cross The Mirror“ si je ne dis pas de bêtises, ça paraît simple mais ça ajoute à de l’importance à ce moment scénique.
Côté rythmique, Manon et Stéphane assurent le groove et la rythmique sans faillir. La première n’hésite pas à s’avancer pour marteler ses lignes de basse percutantes, tandis que le second, impassible derrière son kit, dégage une sérénité trompeuse. Tout est sous contrôle, millimétré, et ça tient solidement la baraque. Difficile d’être déçu avec Wedingoth, et nul doute que le public qui les découvrira en ouverture de Vanden Plas à Grenoble le mois prochain en prendra plein les mirettes. Avec un nouvel album déjà dans les tuyaux, la hype ne fait que grimper !
Lugh
Pour clore la soirée, Lugh venait défendre son tout nouvel album Légendes. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ont sorti le grand jeu. Là où Anahera et Wedingoth s’immergent dans la profondeur sonore, Lugh ajoute une dimension théâtrale, presque dramatique. Dès son entrée, Lambert arbore un masque de médecin de peste, transformant instantanément la scène en terrain de conte sombre et mystérieux.
Leur univers puise dans les récits bretons, portés par un chant en français qui alterne entre récits narratifs et envolées plus violentes. C’est un pari risqué, mais qui fonctionne étonnamment bien. On passe de passages calmes et solennels à des assauts frontaux où riffs et cris se déchaînent, avec parfois un côté un peu déjanté, presque circus, qui m’a rappelé les excentricités d’un Sleepytime Gorilla Museum.
Lambert se donne corps et âme, headbangs furieux, postures de conteur possédé… au point qu’à un moment, son micro a voltigé dans la salle, déclenchant une vague de rires complices dans le public. Derrière lui, ses musiciens, impeccables, dressent une ambiance sonore qui met parfaitement en valeur ce storytelling si particulier. Sans oublier un joli moment de partage, lorsque Céline de Wedingoth est venue prêter sa voix pour un duo aussi inattendu que réussi, ajoutant une dimension supplémentaire au set. Il y a vraiment beaucoup d’originalité dans l’univers proposé par Lugh.
Trois groupes, trois univers, trois façons différentes de s’approprier le Progressif. Anahera séduit par sa sincérité brute et son équilibre entre rêve et colère. Wedingoth impose sa maturité et sa force émotionnelle. Lugh, enfin, surprend avec sa théâtralité et son identité marquée.
Bref, une superbe soirée au Rock’n’Eat, preuve que la scène lyonnaise regorge de formations talentueuses et inspirées. Pas besoin d’aller chercher à l’autre bout de l’Europe pour trouver du Prog de haut niveau, on l’a aussi ici à la maison.
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Originaire des Pyrénées, je traine mes pattes dans la scène Rock depuis plus de 20 ans. Je couvre les concerts avec mon vieux réflex d’une main et mon stylo de l’autre, toujours prêt à partager mon opinion. Que ce soit sur scène ou en festival, je balance mes chroniques et live reports capturant l’essence de ma propre expérience.


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