Il y a des annonces qui tombent comme un couperet. Pas parce qu’elles surprennent totalement… mais parce qu’au fond, tu savais que quelque chose s’était fissuré depuis un moment. Et puis ça y est. Mariusz Duda met les mots dessus. Après 25 ans, il quitte Riverside.
Pas de langue de bois. Pas de communiqué aseptisé. Juste un texte frontal, presque lourd à lire par moments, où il parle de passion empêchée, d’image forcée, et d’un environnement devenu toxique. Le genre de déclaration qui ne laisse pas vraiment de place au doute, ni au retour en arrière.
Quand la musique ne suffit plus
Ce qui frappe immédiatement, c’est cette phrase en filigrane, presque obsédante, il ne pouvait plus créer comme il le voulait. Et pour quelqu’un comme Duda, c’est tout sauf anodin. Parce que si tu as déjà plongé dans son univers, tu sais que chaque note a un sens. Chez lui, la musique n’est pas un métier, c’est une nécessité vitale. Et d’un coup, tout s’éclaire différemment.Son dernier album avec Lunatic Soul, The World Under Unsun, je l’avais pris comme une œuvre introspective, sombre, presque abstraite. Mais là… difficile de ne pas y voir un exutoire.
Je me souviens encore de la première fois où j’ai vu Riverside sur scène. Duda, au centre de tout ça, presque immobile, mais capable de faire passer plus d’émotions avec un regard et une ligne de basse qu’avec mille effets. Et c’est là que tu réalises un truc simple, Riverside sans Duda, ce n’est plus vraiment Riverside.
Ce groupe, c’était une alchimie rare. Une identité sonore immédiatement reconnaissable, entre mélancolie lourde et envolées lumineuses, quelque part entre le prog moderne et une forme de spleen très européen. Une de ces signatures que tu identifies en trois notes.
Lunatic Soul, l’autre visage, peut-être le vrai
Lunatic Soul, c’est différent. Plus introspectif. Plus organique. Presque ritualiste par moments. Rien à voir avec Riverside, et en même temps… tout est là. Cette façon de construire une atmosphère, de t’embarquer sans que tu t’en rendes compte, de jouer avec les émotions sans jamais tomber dans le démonstratif. C’est peut-être là que Duda est le plus libre.
Alors quand il annonce que Lunatic Soul va devenir son projet principal, je ne vais pas mentir, il y a une part de moi qui est triste… mais une autre qui est franchement curieuse. Parce que libéré de ce qui le bloquait, ça peut donner quelque chose de très fort.
Ce qui rend cette annonce encore plus marquante, c’est ce qu’elle raconte en creux. Il parle de relation toxique. Pas au sens romantique. Mais au sein du groupe. Et ça, dans un milieu où tout est souvent lissé, contrôlé, marketé… ça fait presque l’effet d’un électrochoc. Il y a une forme de lucidité brutale dans ses mots. Arrêter de faire semblant. Arrêter de sourire pour la photo. Reprendre le contrôle. C’est simple, mais ça demande un courage énorme, surtout après 25 ans.
Riverside, fin de chapitre ou point final
Duda le dit lui-même, il ne voit pas comment Riverside pourrait continuer dans sa forme actuelle. Et relancer le groupe avec un autre line-up… compliqué, voire impossible. Alors oui, on n’a pas encore un “RIP” officiel. Mais ça y ressemble fortement. Et franchement, même si ça devait continuer, est-ce que ce serait encore la même chose ? Pas sur. Il y a forcément une forme de vide. Parce que Riverside, ce n’était pas juste un groupe de plus dans une playlist prog. C’était une valeur sûre. Un repère. Un de ces noms que tu cites quand tu parles des pointures du genre. Et Mariusz Duda… c’est clairement un de ces artistes que j’ai toujours placés très haut. Un géant du prog moderne, sans exagération.
Il reste Lunatic Soul. Les projets parallèles. Et cette sensation étrange d’être à la fin de quelque chose… mais peut-être aussi au début d’autre chose. Si son passé nous a appris un truc, c’est que Duda ne fait jamais les choses à moitié. Alors oui, ça fait mal de voir Riverside s’effacer comme ça. Mais si c’est le prix pour retrouver une sincérité totale dans sa musique… alors j’ai envie de voir jusqu’où il peut aller maintenant.

Originaire des Pyrénées, je traine mes pattes dans la scène Rock depuis plus de 20 ans. Je couvre les concerts avec mon vieux réflex d’une main et mon stylo de l’autre, toujours prêt à partager mon opinion. Que ce soit sur scène ou en festival, je balance mes chroniques et live reports capturant l’essence de ma propre expérience.




