Treize ans. Treize ans que j’attendais ce moment. Cela fait depuis ma vingtaine que j’écoute Karnivool, je peux dire que je suis assez fan. Et depuis le début Sound Awake fait partie de ces albums qui ont redéfini ma manière d’entendre le Prog. Et pendant tout ce temps, rien. Après Asymmetry en 2013, silence radio. Presque cruel.
Je me suis souvent dit que je n’aurais peut-être plus jamais droit à un nouveau chapitre. Mon beau-frère, lui, étant de Perth a toujours attisé ma jalousie car là-bas, la scène est une éruption permanente. Karnivool, c’est presque un patrimoine local. Nous, Européens, on attend et on espère.
Et puis In Verses est arrivé. Je vais être honnête, quand j’ai lancé Ghost pour la première fois, j’ai ressenti une excitation presque irrationnelle. Les premières secondes flottent, atmosphère incertaine, presque déroutante. Puis la basse de Jon Stockman entre. Organique. Massive. Vivante.
Et là, au moment où Ian Kenny se retrouve en avant, fragile, suspendu, j’ai appuyé sur repeat. J’étais tellement enthousiaste que j’ai eu peur de lancer la suite et d’être déçu. Alors j’ai relancé Ghost. Encore. Et encore. Jusqu’à être sûr que la magie était réelle.
Ça fait une semaine que l’album tourne en boucle chez moi. Et plus je l’écoute, plus il révèle ses strates. La production est d’une clarté presque insolente. Chaque texture est à sa place. Les drums de Steve sont un modèle de dynamique. Quand on y tend l’oreille on sent le travail de dingue apporté pour installer cette assise sans jamais en faire trop. Respect.
Quand Drone débarque avec son groove, il y a une un truc qui ne te lâche pas, qui s’insère gentilment dans ton cerveau. Le grain des grattes est fou, le refrain super entrainant. Je l’entends déjà exploser en live. Et ça tombe bien, ils seront le 10/05 à Lyon avec Intervals. Autant dire que cette date est encerclée sur mon calendrier depuis longtemps.
Avec un intro bien drummy (on se croirait dans le studio d’enregistrement tellement la batterie est bien enregistrée) Aozora apporte cette délicatesse typiquement Karnivool. Cette manière de superposer des couches complexes sans jamais tomber dans la caricature. Puis il y a ces moments où le groupe relâche la bride. Animation en est l’exemple parfait. Intro tranquille, puis la tension monte. Et la gestion des silences, des montées, des relâchements derrière les fûts… c’est encore une leçon…
Sur des morceaux comme Conversations, qui prend son temps, respire, installe une ambiance presque protectrice en surface, mais toujours traversée d’une noirceur sous-jacente, je dois dire que l’emprise émotionnelle est particulièrement puissante. Le titre est savamment construit, il t’amène dans leur univers sans difficultés, c’est brillant.
Et puis Karnivool tente un truc. Reanimation est bien plus atmosphérique. Le feat. de Guthrie Govan (qui n’est autre que l’un des meilleurs guitaristes de la planète) est tellement diffus et élégant, que je ne l’aurai pas remarqué si je n’avais pas lu le titre du morceau qui spécifie sa présence. Aux premières écoutes je m’étais dit « bordel ce solo de gratte est putain de bon » avant de savoir que c’était le génie suédois derrière la six cordes. Pas de shred démonstratif, juste des touches de grâce comme il sait si bien le faire. Le genre de morceau qui gagne en profondeur à chaque écoute.
Quand All It Takes surgit, on retrouve cette puissance frontale. Les grattes reprennent le lead, dense et affirmé. Karnivool rappelle qu’ils dominent la scène Prog australienne depuis des années. Et franchement, pour moi, ils n’ont jamais sorti un mauvais album. Ni Themata, ni Sound Awake, ni Asymmetry. Et certainement pas celui-ci.
Remote Self Control joue la carte de la nervosité, presque frénétique, tandis que Opal offre un moment plus relax, piano et arrangements cinématographiques à l’appui, avant une transformation progressive qui donne des frissons. Quant à Salva, la montée finale est immersive, patiente, jusqu’à cette apparition inattendue de cornemuses qui laisse une empreinte étrange, presque mystique, mais qui colle des frissons tant c’est épique !
Je repense forcément à leur passage au Hellfest. Pendant des années, je pensais ne jamais les voir. Trop rares. Trop loin. Et le set a été impeccable. Chirurgical. D’une propreté presque clinique. In Verses est un album de maturité. Il ne cherche pas l’immédiateté. Il impose son rythme, sa brume, ses explosions contrôlées. Il demande du temps. Et moi, je compte bien lui en donner encore beaucoup. Que dire ? Les gars sont impressionnants, la production est absolument parfaite, c’est créatif, technique, un album jouissif. Aujourd’hui, je peux le dire sans hésiter. L’attente valait le coup, et j’ai peu de doutes pour que cet album ne fasse pas beaucoup de bruit dans la sphère Prog.