Je vais l’accorder tout de suite, je n’avais pas vu venir cet album, c’est donc une belle surprise qu’il soit parvenu à mes oreilles en scrollant sur les réseaux sociaux. D’ailleurs j’ai rapidement replongé dans une salle sombre du Rock’n’Eat en 2022, quand j’avais découvert le groupe sur scène. À l’époque, leur set m’avait surpris par son équilibre entre maîtrise et fraîcheur, ce côté « Prog sans chichis » qui garde l’efficacité du Rock/Metal tout en laissant respirer les ambiances. Avec ce nouvel album, j’ai eu l’impression de retrouver cette même énergie, mais dopée, affûtée, et surtout portée par une ambition bien plus large. Esthesis s’inscrit dans une scène toulousaine qui, franchement, m’excite beaucoup ces dernières années. Entre Bruit ≤, Taotopia, Solventis, ou encore Slift (que des formations que j’ai pris beaucoup de plaisir à voir live) on a là un vivier d’artistes qui prennent la scène Rock à bras-le-corps pour en faire quelque chose de moderne, vivant et planant. Et Esthesis s’inscrit parfaitement dans cette dynamique.
Dès les premières notes sur Connection, j’entends ce mélange que j’adore, ce mariage entre claviers atmosphériques et section rythmique basse/batterie qui groove. Sur la deuxième partie du track le groupe a clairement musclé son jeu, plus rentre-dedans que sur les précédents albums, plus Metal aussi, tout en conservant cette élégance dans l’arrangement. Les couches de synthés, parfois presque liquides agissent comme un topping gourmand au-dessus des grattes, et j’adore ce contraste.
The Frame me semble un peu plus traditionnel, en mode Neo Prog à la Pendragon, le chant est poussé par moment, et les ambiances mélancoliques. Je comprends rapidement les qualités de l’album à ce moment de l’écoute, cette science du dosage parfaitement exécutée. Les respirations sur les deux Fractured sont rendues encore plus belles par les textures électroniques, deux sections qui flirtent ouvertement avec un Prog Electro vraiment séduisant qui me font penser à Tangerine Dream.
Et puis il y a quelques moments comme sur Circus, où mes oreilles se sont dressées et m’ont fait penser à Steven Wilson. Pas dans le sens pastiche, mais vraiment dans ce goût du détail, ce travail sur la dynamique, cette manière de faire respirer les refrains. Je ne suis même pas surpris d’y trouver un écho à Porcupine Tree période Fear of a Blank Planet sur Out of Step, un titre qui, soyons honnête, fait briller l’album d’une aura toute particulière. J’ai souri tout seul, parce que ce morceau, ça pourrait être le cousin éloigné d’un Keor (un autre artiste du sud à découvrir) aussi, ce même sens de la mélodie étrange, légèrement sinueuse, qui prend son temps pour se dévoiler.
The Storm est le titre le plus long de l’album avec plus de 10 minutes au compteur, il me fait instantanément penser à Anathema et la dualité voix féminine/masculine rend l’ensemble superbe. Le disque alterne magnifiquement les phases nerveuses, avec des riffs qui claquent sec, et des passages beaucoup plus planants, presque éthérés. Aurélien et Mathilde ont des voix typées loin d’être fades, et je trouve que cela permet d’éviter l’ennui à l’écoute. Et comme la présence d’électronique est palpable, impossible de ne pas évoquer cette présence du Moog. Je le cherche toujours sur les sorties Prog, c’est un peu mon péché mignon. Dès que j’entends un son qui s’en approche, je me sens embarqué, comme si une porte s’ouvrait vers un univers parallèle. Ici, il apporte une profondeur supplémentaire, une chaleur organique qui donne une vraie identité au disque.
Au final, ce nouvel album donne clairement envie de revoir le groupe en live. J’imagine déjà comment ces titres, plus puissants, plus denses, pourraient prendre une toute autre dimension sur scène. Il y a quelque chose de profond dans leur façon de composer, quelque chose qui ne triche pas, et c’est exactement ce que j’aime retrouver dans un bon disque de Prog moderne. Un album qui frappe fort, qui rêve haut, et qui confirme que la scène toulousaine reste l’une des plus fines à suivre en ce moment.
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Originaire des Pyrénées, je traine mes pattes dans la scène Rock depuis plus de 20 ans. Je couvre les concerts avec mon vieux réflex d’une main et mon stylo de l’autre, toujours prêt à partager mon opinion. Que ce soit sur scène ou en festival, je balance mes chroniques et live reports capturant l’essence de ma propre expérience.


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