La déesse néerlandaise revient avec ce 2e EP je sens un truc un peu étrange qui me prend au bide. Pas une claque frontale, non, plutôt cette sensation de dériver dans une pièce où tout a été soigneusement rangé après une tempête émotionnelle. Et forcément, quand on parle d’Anneke van Giersbergen, je ne suis plus vraiment objectif depuis longtemps.
Je l’ai vue tellement de fois sur scène que j’ai arrêté de compter. Avec The Gathering, évidemment, ce monument qu’est Mandylion qui continue de résonner comme une sorte de matrice émotionnelle pour toute une génération et qui reviendra à nous au mois de Mai. Mais aussi avec Ayreon, où elle devient presque une entité à elle seule, ou encore dans l’univers totalement barré de Devin Townsend, où sa voix tranche comme un rayon de lumière dans le chaos. Sans parler de The Vuur, de The Gentle Storm, ou de ses passages en solo où elle peut, en quelques notes, te faire oublier que tu es dans une salle de concert pleine à craquer.
Alors forcément, ce nouvel EP arrive avec un poids symbolique assez évident. Deuxième volet d’un triptyque La Vie, La Mort, L’Amour, et surtout une œuvre née dans un contexte intime, celui de la perte de ses parents en peu de temps. Rien que ça. Et pourtant, ce n’est jamais plombant gratuitement. Chez elle, même la douleur a une forme de douceur lumineuse.
Dès Fade In Fade Out, je suis embarqué. Piano fragile, puis le reste du monde qui s’invite doucement. Il y a ce truc très typique chez Anneke, cette capacité à rendre l’évidence émotionnelle presque dangereusement belle. Les arrangements se déploient, les instruments viennent tourner autour de la voix comme des satellites, et moi je me retrouve à penser à ces moments live où tout le monde arrête de bouger sans s’en rendre compte.
Le jeu des zikos l’entoure est d’une finesse assez folle. On sent clairement la continuité avec son groupe de scène, ce collectif qui n’accompagne pas mais apporte des respirations avec elle. Les grattes semblent simples mais elles dessinent un univers plutôt agréable à l’écoute. La rythmique avance sans urgence, comme si le temps lui-même avait accepté de ralentir pour écouter.
Et puis arrive Handle Me With Care, et là on bascule sur quelque chose de différent. On glisse dans quelque chose de plus Pop, presque insidieusement dansant. Un groove électronique qui aurait pu partir dans tous les sens mais qui reste tenu par une élégance totale. Il y a un parfum rétro sans nostalgie forcée, ça marche très bien. C’est le genre de morceau qui pourrait paraître léger sur le papier, mais qui prend une ampleur étrange quand tu es dedans, surtout avec cette voix qui refuse de se laisser enfermer dans un format.
Red Sky poursuit cette trajectoire hybride, entre électro discrète et chaleur organique. On est quelque part entre les 80s un peu nostalgiques et une forme de modernité dans le côté un peu Rock actuel du titre. Et justement, parlons de cette prod. C’est du haut niveau, vraiment propre. Un mix qui fait respirer la musique au lieu de la figer, c’est agréable à l’écoute, pas hyper compressé, tout est fluide.
Et le moment où tout se resserre, c’est évidemment Sail Towards The Sun. Là, je ne suis plus vraiment en train d’écouter un EP, je suis en train de flotter dans un souvenir qui n’est pas le mien. Le morceau est d’une simplicité désarmante, et c’est précisément ça qui le rend dangereux. Pas d’esbroufe, juste une montée émotionnelle parfaitement contrôlée. Et quand la voix prend toute la place, il n’y a plus grand-chose à dire, à part écouter. Ce qui me frappe surtout, c’est cette capacité qu’a Anneke à transformer un matériau profondément personnel en quelque chose d’universel. Même dans le deuil, il y a de la lumière, c’est vraiment fort…
Alors oui, on est pas mal éloigné des œuvres plus Rock ou Metal de la Queen… Et franchement, ça me semble bien secondaire. Ce qui compte ici, c’est la manière dont ça touche, dont ça reste. La Mort n’est pas un disque spectaculaire. C’est un EP qui accompagne et t’invite à apprécier les choses importantes de la vie. Et dans un monde de sorties d’albums à tout va, il y a quelque chose d’assez précieux à souffler un moment… Je ne sais pas encore où ce triptyque va nous mener dans son ensemble, mais si chaque volet garde ce niveau de sincérité et de maîtrise, on tient peut-être quelque chose de plus grand qu’une simple série d’EP.
En résumé
Anneke Van Giersbergen - La Mort
Une traversée intime et lumineuse du deuil portée par une Anneke van Giersbergen toujours aussi habitée, entre délicatesse pop et profondeur émotionnelle.
Les +
- Une interprétation vocale bouleversante, d’une justesse presque irréelle
- Une production léchée qui laisse respirer chaque nuance
Les -
- Un format court qui donne envie d’en avoir davantage
Review
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Pas loin du coup de coeur
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Originaire des Pyrénées, je traine mes pattes dans la scène Rock depuis plus de 20 ans. Je couvre les concerts avec mon vieux réflex d’une main et mon stylo de l’autre, toujours prêt à partager mon opinion. Que ce soit sur scène ou en festival, je balance mes chroniques et live reports capturant l’essence de ma propre expérience.


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