Que ce soit Post ou Prog, ça fait partie de mes étiquettes préférées, alors quand une affiche réunit les deux un jeudi soir, pas besoin de me tirer par la manche. Direction le Rock’n’Eat pour Havenfall, Dragunov en gros morceau du soir et Inner Landscape pour refermer la soirée.
Évidemment, j’arrive à la bourre. Juste à temps pour le premier titre, dans une salle déjà bien remplie.
Havenfall
Première surprise, je ne connaissais pas Havenfall. Et ça, c’est rare. Je passe rarement à côté de la scène Prog lyonnaise, alors j’ai vite cherché à comprendre. Il s’agit d’une toute nouvelle formation (mais avec pas mal de zikos déjà croisés dans d’autres projets). J’ai d’ailleurs reconnu derrière les fûts le drummer de Lodz.
Au menu, un Metal sauce Prog qui rappelle par certains aspects Karnivool. Ouverture sur leur single Medvsa, et ça fonctionne superbement. Le morceau alterne des moments de pure tension qui montent lentement et des passages où ça blaste sévère, double pédale en soutien. Sur scène, ça transpire l’expérience. Rien ne déborde, ça joue propre.
Ce qui m’a le plus accroché, c’est le grain de gratte. Je sens bien les lampes chauffer, sans que la distorsion soit poussée à balle, et ça laisse aux riffs une belle dynamique. Le duo de grattes fonctionne sur un schéma lead/riff qui sonne bien et apporte une touche intéressante.
Final sur Wooden Heart, bien dynamique. Pas mal de monde s’était déplacé pour les découvrir, et c’était plutôt sympa à voir. Une formation à suivre de près, leur premier EP Full Moon Gemini devrait débarquer dans les jours qui suivent sur les plateformes de streaming.
Dragunov
Place aux Nantais, et ils sont motivés. Tristan mentionnera qu’ils ont quitté Nantes à 6h du mat pour venir jouer ce soir. Ça valait le trajet, parce que ce qui a suivi était tout à fait spectaculaire (et je pèse mes mots).
Petit retour en arrière. Au dernier Hellfest, j’ai eu un mal fou à trancher entre Dragunov et Impureza. J’avais fini par choisir les seconds. Alors à l’annonce de la date lyonnaise, j’ai coché l’agenda illico. D’autant que les retours de collègues sur leur presta sous la Valley étaient particulièrement élogieux.
Dragunov, c’est du Post-Metal instrumental plongé dans un imaginaire post-apocalyptique soviétique. Guerre froide, menace nucléaire, militarisme, conquête spatiale, paysages industriels désolés… Le nom du groupe vient du célèbre fusil de précision, et même leur dernière galette VEPR porte le nom d’un engin de la famille des Kalashnikov. Sur scène, tenues militaires, masques à gaz et fumée dense complètent le tableau. Tout est pensé pour rendre l’atmosphère oppressante.
Côté son, c’est lourd et bien épais. J’ai été franchement surpris, les mecs ont bossé leur son. Tristan a une frappe de forcené. Avant même le début du set, les deux ou trois coups de caisse claire du check m’ont fait remettre mes bouchons d’oreilles en vitesse. Seb, à la gratte, s’amuse avec son pedalboard, entre loops et octaver façon whammy inversée quand il a besoin de descendre bien bas dans les low freq.
J’ai pas mal poncé VEPR, et j’ai pris beaucoup de plaisir à le voir se magnifier sur scène. Un titre comme Makhno te saute à la gorge et ne te lâche plus. Les parties lead et mélodiques te rentrent dans le crâne pour de bon, avant un final explosif à te décrocher la mâchoire.
Et puis les bougres se permettent d’échanger leurs instrus. Seb passe aux fûts, Tristan récupère la gratte, et sans pression aucune, ils te rebalancent leur maîtrise en pleine face. J’adore ce délire, mais forcément, ça me rend un peu jaloux.
Scéniquement, c’est très léché. Le jeu de lights sort vraiment du lot, avec un vrai travail de fond pour faire briller les zikos. C’est là que le rôle du troisième homme devient intéressant, Ken il me semble, aux commandes de ces lights home made.
Seb, posté sur l’avant droit de la scène, n’hésite pas à descendre dans le pit pour faire le tour de la propriété, gratte à la main. Un Deliveroo du riff, livré à domicile. Moment fun et décontracté qui fait son effet. Mais je retiendrai encore plus le moment où il redescend, cette fois avec un tom qu’il violente sans retenue, entouré de spectateurs surpris.
Final sur 2402 pour dégommer un Rock’n’Eat très largement conquis. Gros riffs bien salasses, drums hyperactifs, c’était méchant. Pendant les transitions, les regards qui s’échangeaient entre spectateurs en disaient long. J’étais loin d’être le seul à ne pas trop comprendre la baffe qui se matérialisait devant moi. Bravo les gars, c’est bel et bien une date que je n’oublierai pas. Le pied.
Inner Landscape
Pour refermer la soirée, les locaux d’Inner Landscape reprennent le flambeau. Je les avais déjà croisés en ouverture de Klone (à relire ici), et je savais à quoi m’attendre. Enfin, je le croyais.
Le décor reste le même, un Post-Metal bien noir, lesté de Sludge, avec quelques accélérations qui lorgnent vers le Post-Black le tout enveloppé dans des thèmes plutôt personnels tels que le deuil. Julien, lead singer et gratteux, ne chante toujours pas au sens propre. Il hurle, et ce cri sans filet reste la colonne vertébrale du set. Derrière les fûts, en revanche, le jeu part dans une direction assez jazzy je trouve. Des placements intelligentss, des relances inattendues, une souplesse qu’on n’a pas l’habitude d’entendre sous autant de saturation. Ça fait respirer la masse sonore au lieu de l’écraser, et c’est un contraste que j’ai adoré. Mais ce soir, c’est l’autre versant du groupe qui a pris le dessus pour moi. Les passages aériens, ceux où tout se suspend entre deux coups de massue, m’ont sauté aux oreilles bien plus que lors de leur passage au Totem. Des moments de flottement que j’ai savourés, et qui rendent les retombées d’autant plus lourdes.
Changement de line-up peut être occasionnel aussi, une seule gratte cette fois. Pas de quoi amaigrir le propos, et la PRS de Julien reste toujours aussi somptueuse (je ne m’en lasse pas).
Une découverte prometteuse, une tête d’affiche qui m’a collé une baffe dont je me souviendrai longtemps et des locaux qui confirment. Un jeudi soir dans les ténèbres comme celui-là, je resigne tous les jours.
![[Live Report] Dragunov + Havenfall + Inner Landscape - 24/09/2026 @Rock'n'Eat, Lyon 55 Djamel Profil](https://www.noise-injection.com/wp-content/uploads/2024/02/Retoucheprofile-pic-enhance-faceai-sharpen.jpg)
Originaire des Pyrénées, je traine mes pattes dans la scène Rock depuis plus de 20 ans. Je couvre les concerts avec mon vieux réflex d’une main et mon stylo de l’autre, toujours prêt à partager mon opinion. Que ce soit sur scène ou en festival, je balance mes chroniques et live reports capturant l’essence de ma propre expérience.


![[Live Report] Dragunov + Havenfall + Inner Landscape - 24/09/2026 @Rock'n'Eat, Lyon 1 [Live Report] Dragunov + Havenfall + Inner Landscape, Rock'n'Eat, Lyon (24_09_2026)](https://www.noise-injection.com/wp-content/uploads/2026/09/Live-Report-Dragunov-Havenfall-Inner-Landscape-RocknEat-Lyon-24_09_2026-1140x641.jpg)

![[Live Report] Dragunov + Havenfall + Inner Landscape - 24/09/2026 @Rock'n'Eat, Lyon 56 [Live Report] Dragunov + Havenfall + Inner Landscape, Rock'n'Eat, Lyon (24_09_2026)](https://www.noise-injection.com/wp-content/uploads/2026/09/Live-Report-Dragunov-Havenfall-Inner-Landscape-RocknEat-Lyon-24_09_2026-120x86.jpg)