Il y a des concerts que l’on attend longtemps. Très longtemps. Et puis il y a ceux qu’on pensait presque impossibles. Le retour de The Gathering avec le line-up de Mandylion faisait clairement partie de ce que je considère de fait, comme immanquable. Alors forcément, en débarquant devant un Transbo blindé de près de 1500 personnes ce 24/05 pour cette date organisée par SLH, je sentais déjà que la soirée allait taper fort dans le cœur.
Parce que Mandylion, ce n’est pas « juste » un album. C’est un monument. Une pierre angulaire du Doom Prog européen. Un disque qui a façonné mes goûts musicaux pour des décennies. Et surtout, c’est le premier album avec Anneke van Giersbergen. Ma muse absolue. Oui, complètement fanboy ici, je le dirai à haute voix toute ma vie. Je l’ai suivie partout ou presque, en solo, avec The Gathering, chez Devin Townsend, dans Ayreon à Tilburg tous les deux ans, avec VUUR, The Gentle Storm… Bref, revoir cette formation mythique sur scène relevait presque du fantasme de vieux fan de Prog nourri aux années 90.
Et autant le dire immédiatement, j’ai versé quelques larmichettes pendant le set. Impossible de résister. Entre la nostalgie, la puissance émotionnelle des morceaux et cette sensation irréelle de vivre enfin ce moment, tout était réuni pour me pulvériser émotionnellement.
LizZard
La soirée démarre avec LizZard, et franchement j’étais déjà heureux de les voir à l’affiche. J’avais jalousé sévèrement la tournée UK où ils ouvraient pour The Gathering, alors les retrouver de nouveau à Lyon avait quelque chose de très satisfaisant.
Je les avais découverts à la Maroquinerie en 2018 et depuis, le trio m’a totalement embarqué dans son univers. Leur son me fait toujours penser à une rencontre entre Tool et Karnivool particulièrement palpable avec « Blacksheep » qu’ils nous balancent en intro de set ! Autant dire deux références qui me parlent énormément. Ce mélange de Prog tendu, de Rock atmosphérique et de plans rythmiques parfois complètement tordus fonctionne à merveille en live.
Le groupe retourne progressivement un Transbo d’abord assez calme mais très attentif. Mathieu Ricou impressionne toujours autant derrière le micro, c’est particulièrement le cas sur l’excellent « Blowdown » qui est un titre ultra efficace. J’adore son timbre de voix, capable de passer d’une forme de douceur à quelque chose de beaucoup plus rageur en une demi-seconde. Et côté gratte, le mec ne se refuse absolument rien. Ça riff lourd, ça part en tapping, ça balance des textures, le tout avec une facilité presque insolente.
Derrière les fûts, Katy Elwell reste impériale. Son jeu est ultra musical mais garde une frappe très Rock, très organique. Ça groove et ça cogne. La section rythmique tient la baraque avec une précision chirurgicale.
Mention énorme également au son sur scène. Derrière la console, Secret Place Studio a fait un boulot magnifique, c’était impeccable et a bien mis en valeur l’acoustique du Transbo.
Le set passe évidemment beaucoup trop vite, mais le public finit clairement conquis par la formation franco-anglaise. Et pour être franc, ils méritent largement cette exposition.
The Gathering
Puis vient ce moment.
Le logo de The Gathering apparaît en fond sur une immense toile pendant que le Transbo retient son souffle. Cette espèce d’excitation fébrile flotte partout dans la salle, moi je me concentre. On sait tous qu’on s’apprête à vivre quelque chose de rare.
Les premières notes du clavier de Frank résonnent. Et puis “Eleanor”.
L’arrivée d’Anneke transforme instantanément l’atmosphère. La salle devient électrique. Vraiment. Il y a ce frisson collectif immédiat qui parcourt le public… Trente ans après Mandylion, la magie opère toujours avec une facilité presque absurde.
Et quelle voix.
Anneke est phénoménale ce soir. D’une justesse et d’une chaleur totalement irréelles. Elle alterne douceur fragile et envolées puissantes avec aisance, tout en occupant la scène avec cette grâce naturelle qu’elle a toujours eue. Entre deux passages, elle esquisse quelques pas de danse, sourit constamment au public, semble sincèrement heureuse d’être là. Et forcément, ça devient extrêmement difficile de ne pas se laisser submerger.
Visuellement aussi, le concert est superbe. Fractales et visuels parfois psychédéliques défilent derrière le groupe, renforçant encore davantage l’aspect hypnotique du show.
Musicalement, c’est évidemment pépite… Dès « Fear the Sea » et « In Motion #1 », la puissance du groupe saute au visage. René Rutten balance toujours ce riffing immédiatement identifiable, épaulé par les couches plus massives de Jelmer Wiersma. Ce duo de grattes fonctionne à merveille, entre lourdeur Doomesque et envolées atmosphériques. Et puis ce riff introductif de “Strange Machines”… Sérieusement, il est totalement iconique.
Petit moment un peu cocasse d’ailleurs sur « In Motion #1 », rapidement interrompu après un problème de pédale de grosse caisse pour Hans Rutten. Soit le bonhomme était trop enthousiaste soit il a la frappe lourde, la pauvre pédale a du partir au garage. Heureusement, le souci est réglé très vite dans une ambiance ultra bienveillante. On sourit, et le groupe repart sous les applaudissements.
Et ensuite… je suis cueilli par une grosse baffe… « On Most Surfaces » est absolument dévastateur. Je savais très bien que ça allait me fracasser, mais être devant la scène à ce moment-là, c’est autre chose. Toute la formation joue avec ses tripes. Le morceau devient une espèce de tempête émotionnelle gigantesque.
J’ai aussi énormément aimé le flègme de Hugo Prinsen à la basse. Jusqu’ici, j’associais énormément l’instrument à Marjolein dans ma tête, donc découvrir Hugo sur scène avec ce style hyper posé et cette présence discrète mais essentielle était particulièrement cool.
Autre énorme moment personnel avec « Probably Built in the Fifties ». Ce titre de How to Measure a Planet? m’a accompagné pendant des années. Et forcément, quand il démarre dans une salle plongée dans cette ambiance quasi cosmique, le facteur nostalgie kicke extrêmement fort.
Puis arrive “In Motion #2”. Et là, impossible de lutter… “Leave me against the stream, one hundred worlds will see me passing by…” Toute la salle chante. Une immense communion collective. Je regardais autour de moi et je voyais des sourires, des yeux humides, des fans complètement dedans. Une vraie messe comme on en vit trop rarement.
L’enchaînement « Leaves », « Sand and Mercury » puis « Strange Machines » termine quasiment de m’achever émotionnellement. Trois morceaux mythiques joués avec une intensité folle. Le groupe semble littéralement transcendé par l’accueil du public lyonnais.
Et que dire du rappel… « Travel » puis « Saturnine ». Je crois bien qu’à ce moment-là tout le monde a abandonné toute dignité émotionnelle restante. C’était violent, pour les cœurs, pour l’amour de la musique, mais c’était surtout irréellement beau.
Ce concert avait quelque chose de profondément incroyable. Un flashback vers les années 90, vers cette époque où la scène Metal se trouvait de nouveaux champions, et pour moi The Gathering ça fait forcément parti du haut de la pyramide… Ce qui est fascinant, c’est que malgré les trente années écoulées, leur univers reste incroyablement profond.
Je ne sais pas si cette réunion aura une suite. Officiellement, rien n’est prévu sur le long terme. Mais honnêtement, quand on voit l’amour reçu par le groupe ce soir, les sourires sur scène et l’émotion générale dans la salle, difficile de ne pas espérer revoir cette formation bientôt.
En attendant, cette soirée restera comme un moment que je range dans mon tiroir « des meilleurs concerts vécus ». Un immense merci à Sounds Like Hell Productions pour m’avoir permis de couvrir cette soirée mais avant tout de nous avoir offert à tous ce voyage d’exception…
Pour continuer de se plonger dans cette belle soirée n’hésitez pas à aller consulter le live report du poto Chart !
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Originaire des Pyrénées, je traine mes pattes dans la scène Rock depuis plus de 20 ans. Je couvre les concerts avec mon vieux réflex d’une main et mon stylo de l’autre, toujours prêt à partager mon opinion. Que ce soit sur scène ou en festival, je balance mes chroniques et live reports capturant l’essence de ma propre expérience.


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