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[Live Report] – Rock In The Barn 2020 @Vexin-sur-Epte

L’édition 2020 de Rock In The Barn marquera surement les annales : le dernier des festivals ? l’unique festival ? On peut dérouler tout un tas d’expressions. C'est pour ces raisons que je me suis rendu à la ferme de Bionval à Vexin-sur-Epte pour la première fois. Habitant dans l’extrême sud de la France, j’avais l’habitude de faire un pèlerinage au Levitation France depuis de ses débuts. Hélas, nos amis angevins ont été contraints d’annuler cette huitième édition. Je décide donc de prendre ma tente, mon sac et filer vers la Normandie. Rock in The Barn, comme son nom l’identique, prend place autour d’une ferme. Crise sanitaire oblige, il n’y aura aucun concert en intérieur et tout se déroulera en extérieur. A ce sujet le protocole sanitaire plus que carré a bien été respecté. Les organisateurs ont prouvé qu’il est possible d’organiser un festival en pleine crise. Les participants ont d’ailleurs fait preuve d’une grande responsabilité. Il faut avouer que l’envie et le bonheur de revoir des concerts a pris le dessus. C’était de toute façon le prix à payer pour avoir la chance d’écouter de la musique live en 2020.

Vendredi 11 septembre 2020

Après avoir planté ma tente, fais le plein de jetons et découvert l’intégralité du lieu, j’assite à mon premier concert qui sera celui de POLYCOOL. Ces musiciens haut en couleur délivrent une pop lunaire et joviale avec des paroles barrées au possible. Les confettis vont même pleuvoir sur les premiers rangs. Un homme cagoulé et tout juste habillé se charge d’arroser le public. Une bonne entrée en matière avant de rejoindre le concert des rouannais de MNNQNS. Les guitares crachent leur puissance et les disgressions sonores ne sont pas rares. Cela faisait six mois que je n’avais pas vu une telle énergie. Franchement, ça fait du bien !

Après avoir pris le temps de me restaurer et boire quelques bières locales, il est déjà 22H15 et le concert de YIN YIN commence. Je ne connaissais pas le groupe et c’est la première véritable claque de ce séjour. Les musiciens nous viennent directement des Pays-Bas armés d’une guitare double manche, la douze cordes est toujours le signe d’un certain exotisme. L’influence est clairement psychédélique avec des sonorités « asiatiques ». Le résultant est dansant, envoutant et solaire. Fermer les yeux et prendre le train en marche pour ce voyage est la meilleure sensation qui me soit arrivée dernièrement.

SLIFT investissent la scène vers 00H00. Le déluge sonore va pouvoir commencer. Ce n’est pas la première fois que je vois les toulousains sur scène, j’avais d’ailleurs eu l’occasion de les découvrir à leurs débuts lors de la parution de l’E.P. « Space Is The Key ». Leur second album publié cette année est celui de l’indépendance sonore. Les références sont digérées et l’apport d’éléments de space-rock révèlent une identité propre qui les place d’emblée au-dessus de la mêlée des groupes à tendance Oh Seesienne. Au programme, le fameux écran psychotique et l’intégralité de l’album « Ummon » interprété tel un tout indissociable. Ça tombe bien car c’est exactement la teneur de cette œuvre dont la perfection touche chacun des morceaux. Le final se fera donc sur l’excellente et interminable « Lions, Tigers And Bears ». La foule bouge, danse et on peut même apercevoir un slam (c’est dire…).

Le temps file à toute vitesse et les formes commencent à devenir floues dans l’obscurité de la ferme. Le Psychotron n’arrange en rien cette sensation de flottement. J’entends au loin les fameux THE MAUSKOVIC DANCE BAND, encore des hollandais tient. Ça groove, c’est smooth, ça en serait presque apaisant. Mais c’est surtout très dansant, il suffit d’observer le public pour s’en convaincre. Les cinq musiciens m’auront clairement fait lâcher prise. Un voyage lunaire accompagné de beats cosmiques. Une excellente découverte. Le concert se termine et j’entends vers la scène de la clairière des pulsations technos. LES EVEILLES ont pour mission de finir les derniers festivaliers les deux soirs. Franchement, cela fait plaisir qu’un festival de rock termine avec un set electronique. Vu les nombreux noctambules devant le DJ, le choix était clairement le meilleur. Je regagne ensuite le camping et me confronte à l’humidité de la Normandie. Et oui, je ne l’avais pas vu venir celle-là !

Samedi 12 septembre 2020

C’est avec un mal de tête persistant que je retourne sur le site du festival. J’en profite pour me restaurer, la queue aux burgers ne désemplie pas, je me tourne donc vers les pizzas qui sont au passage très bonnes. J’en profite pour écouter au loin la folk paisible de JOHNNY & ROSE, l’après-midi commence bien. A vrai dire je l’ai passé échouer dans l’herbe comme pas mal de monde. 18H00 approche, armé d’une bière à la main, je vais écouter les BRYAN’S MAGIC TEARS. J’aime beaucoup leur album « 4 AM ». Entendre des morceaux comme « Ghetto Blaster » ou « Change » me remotive instantanément. Et quoiqu’en dise le chanteur, la musique c’est bel et bien comme le vélo. Le côté très 90’ et la mélancolie des chansons s’accorde bien avec le jour qui s’efface sur le bosquet au loin. Toujours sur la même scène mais en début de soirée, les membres de MY EXPANSIVE AWARENESS venus de Saragosse montent sur scène. Ils distillent un son neo-psychédélique assez classique avec des guitares vintages et un chant lancinant. La seconde partie du set s’oriente plus vers le space-rock, les morceaux qui en jaillissent sont plus complexes. Finalement c’était un très bon concert. Je ne connaissais pas le groupe mais j’irai jeter une oreille à leurs albums.

Je rêvais de voir LES BIG BYRD mais les suédois n’ont pu honorer la soirée. Ce sont JOHNNY MAFIA qui vont les remplacer au pied levé. Je ne suis pas un grand fan de ce genre, du moins plus maintenant, mais je dois reconnaitre qu’ils ont de l’énergie et savent ambiancer le public. Leur punk-rock tinté de garage rend le tout plus novateur que ce que j’imaginais. Il est bientôt 22H30 et je retourne vers la ferme pour assister à la tête d’affiche du festival WARMDUSHER. Un groupe composé des membres de FAT WHITE FAMILY (plus maintenant), PARANOID LONDO, INSECURE MEN et CHILDHOOD en dit déjà long. Et effectivement ces anglais qui vont subir la quarantaine au retour débarquent sur scène avec leurs bières et une bouteille de whisky. Autant dire qu’ils ne font pas semblant. Ils vont électriser le public avec cette musique assez singulière tantôt disco, tantôt funk, tanto rock ou tantôt punk. C’est assez difficile à définir mais qu’est-ce que ça envoie. Leur prestation scénique délirante en fait l’un des groupes les plus marquants de la soirée. Des titres comme « Midnight Dipper » ou « Disco Peanuts » retournent le public qui bouge dans un joyeux bordel. Une chose rare de nos jours.

Changement d’ambiance sur scène avec QUAL, l’autre moitié de LEBANON HANOVER, groupe orienté darkwave. Seul sur scène avec des beats frénétiques de techno industrielle, le chant vire parfois au black métal. L’ambiance est noire, suffocante mais Holala qu’est c’est bon ! Le corps de ferme réserve ensuite un spectacle envoutant, celui de MOHAMA SAZ. Venu tout droit de Madrid le quintet nous plonge au cœur d’un voyage ponctué de chants arabes. Je dois reconnaitre que ce concert m’a beaucoup touché. Une parenthèse apaisante et planante, la bâtisse de Bionval est devenue l’espace d’un moment une oasis mystique. Les concerts filent à toute vitesse et je vais vite revenir sur terre avec le heavy rock de KOMODOR. Assez étonnant d’entendre des riffs heavy dans ce genre de festival et surtout à une heure si tardive. Il faut dire que l’envie de hedbanger une pinte à la main est palpable. Bravo pour cette diversité. C’est d’ailleurs la musique électronique de DOMBRANCE qui va prendre la suite. Il faut dire qu’avec des morceaux qui portent le nom de certains hommes et femmes politique, la messe est dite. Poutou, Tobira, Fillon, Oboma ou encore l’excellente Copé sont à la fois très drôles et entrainantes. Mais au-delà du clin d’œil, DOMBRANCE délivre un set electronique proche de la perfection. La foule est comme en transe alors que la fin de soirée approche.

Comme pour la veille, LES EVEILLES vont faire se déhancher les résistants sur des beats techno qui font du bien. Des petits groupes vont terminer au camping avec surement le souhait que cette soirée ne se termine jamais. Et je comprends, car à l’heure où je termine d’écrire ces lignes les nombreux concerts de cet automne sont reportés au printemps et le confinement fait son grand retour. Mais Rock In The Barn a prouvé qu’il est possible d’organiser un festival avec un protocole rigoureux. Mieux encore, ils ont assuré une programmation de grande qualité. J’ai assez de vinyles pour hiberner jusqu’au prochain concert. Merci à vous !

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