[Chronique] Slift – Fantasia
Ilion nous avait emmenés dans les étoiles, Fantasia nous fait redescendre sur terre. Avec ce nouvel album Slift semble avoir décidé qu’il en avait fini avec l’apesanteur. Je dois avouer que j’ai mis un peu de temps à me faire à cette idée. Ummon reste, pour beaucoup, une sorte d’étalon difficile à égaler. Ilion avait ensuite pris le pari inverse, celui de l’ampleur totale, quitte à perdre parfois l’auditeur dans son immensité. Fantasia choisit une troisième voie. Plus court, plus sec, plus frontal. Ce n’est pas un retour en arrière, c’est plutôt une proposition qui se rapproche d’un univers Metal plus rentre dedans. Et je pense que cette nouvelle tournure leur va particulièrement bien… Les retours ultra positifs sur leur presta au Hellfest 2026 en sont de bien beaux témoignages.
Petite parenthèse personnelle avant d’aller plus loin. Je suis ce groupe depuis leur tout premier album, et je les ai vus sur scène à plusieurs reprises, dans mon village natal à Torreilles, au Transbordeur à Lyon, ou encore à l’Épicerie Moderne de Feyzin. Je précise ça parce que ça compte dans la façon dont j’écoute ce nouvel album aujourd’hui. Slift est pour moi l’un des fers de lance de cette scène toulousaine qui tourne à plein régime en ce moment (Bruit, Esthesis, etc.), et ça infuse forcément ma lecture de Fantasia.
Quand je dis que cet album est plus frontal, ça n’enlève pas qu’il y a toujours cette matière énorme sous les doigts des zikos (riffs qui pèsent une tonne, synthés qui tapissent l’arrière-plan, une basse bien lourde)… Bref le chaos est toujours là, il change juste de format. Ça ralentit, ça explose, ça repart en accélération, ça change de texture sans prévenir, on sent une part de folie dans l’écriture et ça me plait toujours car ça donne assez de spontanéité au son.
Fantasia, le morceau-titre, ouvre le bal et j’ai monté le son direct dès les premières mesures. Cette ambiance sombre, ces synthés qui posent un petit côté goth, la voix de Jean qui prend beaucoup plus de place que sur les albums précédents… Ça fait son taf d’ouverture à la perfection, on sait déjà à quoi s’attendre pour la suite.
The Village démarre tout calmement, presque gentilment et puis ça monte, doucement, les paroles gagnent en présence, les synthés se superposent, les drums poussent de plus en plus jusqu’à le closing explosif. Je vois déjà ce morceau diviser (certains vont trouver ça too much, d’autres un sommet de l’album), perso je penche clairement du bon côté, cette construction quasi théâtrale me scotche à chaque écoute et prenez moi pour un dingo, mais à son écoute je ne cesse de penser à un bon Genesis, ce mélange de théâtralité et de progressif…
Puis A Storm of Wings poursuit directement l’histoire, et cette fois on sent que ça va mal tourner. Le titre à lui seul sent la cata. On retrouve tout le Heavy Psych de Slift, la voix de Jean, avec son accent qu’il ne cherche jamais à gommer, donne à ce morceau des airs de discours révolutionnaire, c’est assez fun. La montée finale m’a filé des frissons, un truc habité, peut être même habité par la colère… Grandiose…
Orbis Tertius me paraît être le titre le plus sombre de l’album, presque abstrait par moments, et même si ça riff assez sec, le titre garde de belles ambiances planante. Waiting Man arrive ensuite avec une proposition très aérée, et vu la densité déployée par les morceaux précédents, l’album en avait besoin à ce stade. Il fait son taf discrètement et c’est très bien comme ça.
The Day of Execution est probablement le morceau le plus lourd de tout Fantasia. Grattes agressives, structure progressive, des vocaux carrément hurlés par endroits, une tension bien. C’est aussi le morceau au propos le plus frontal. Secret Mirror referme la marche et c’est une conclusion intéressante avec ses textures de clavier ont un petit côté cinématographique. Le morceau garde toute la lourdeur du groupe tout en lui donnant une dimension plus atmosphérique. Une bonne façon de refermer le voyage…
Un album qui prend un certain parti pris. Si auparavant Jean chantait noyé dans la reverb, presque comme un instru parmi d’autres. Ici, le mix est sec, frontal, sans filet. On entend tout, l’accent, les imperfections, les moments où la justesse part se promener ailleurs. Perso ça m’a fait tiquer les deux premières écoutes, il y a des passages où j’aurais aimé un peu plus d’épaisseur autour de cette voix. Et puis plus j’ai passé de temps avec le disque, plus j’ai fini par entendre autre chose là-dedans, une forme d’honnêteté, presque de transparence assumée, qui colle bien à ce que raconte l’album. C’est clairement pas un chant lisse, et je pense que c’est justement le but. Ça ne fait pas de Fantasia un disque parfait sur ce plan, mais ça en fait un disque qui prend un vrai risque plutôt que de jouer la sécurité.
Ce qui en revanche ne fait aucun doute, c’est le niveau instrumental du trio, les grattes sont souvent bien épaisses, et la structure globale garde ce charme si particulier de Slift. Fantasia n’est pas Ilion 2, et c’est justement ce qui en fait un disque intéressant. Slift a choisi de troquer l’immensité cosmique contre quelque chose de plus terrestre, plus brut, plus humain, quitte à s’exposer pour raconter un propos beaucoup plus ancré dans le réel. En bref, difficile de reprocher à ce groupe de tourner en rond. Et pour les avoir vus sur scène à plusieurs reprises depuis leurs débuts, je sais déjà que ces morceaux vont encore prendre une autre dimension en live. J’ai hâte de vérifier ça de mes propres oreilles, rendez-vous en décembre !
En résumé
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Originaire des Pyrénées, je traine mes pattes dans la scène Rock depuis plus de 20 ans. Je couvre les concerts avec mon vieux réflex d’une main et mon stylo de l’autre, toujours prêt à partager mon opinion. Que ce soit sur scène ou en festival, je balance mes chroniques et live reports capturant l’essence de ma propre expérience.


![[Chronique] Slift - Fantasia 1 Chronique - Slift - Fantasia](https://www.noise-injection.com/wp-content/uploads/2026/09/Fantasia-quand-Slift-redescend-sur-Terre-1140x641.jpg)

