On est en 1995. The Gathering sort de ses racines Doom encore marquées, teintées de Death sur les débuts, et décide de tout envoyer valser. Enfin presque. Parce que ce qui interpelle immédiatement sur Mandylion, c’est ce paradoxe, cette base encore très Doom, lente, pesante, presque minimaliste… et cette lumière qui surgit avec Anneke. Et bordel, quelle lumière.
Contrairement à beaucoup de groupes qui vont suivre la vague du Goth Metal, ici rien ne sonne forcé. Rien ne sonne formaté. C’est organique, presque naïf par moments, mais d’une sincérité désarmante, en tout cas ça m’a touché en plein cœur.
Et surtout, le groupe n’écrit pas pour Anneke. Les morceaux étaient déjà là. Du coup, elle flotte au-dessus, elle ne guide pas encore totalement la musique et c’est justement ce qui rend cet album unique dans leur discographie.
Le début de l’album est juste fou, dès les premières secondes de «Strange Machines », je suis foutu. Ce riff simple, presque innocent, puis cette montée… et Anneke qui débarque. C’est fini. Je suis dedans. Complètement. Ce morceau a un truc presque euphorique, une forme de voyage mental entre Prog discret et Doom aérien. Et ce refrain… accrocheur sans être racoleur, lumineux sans tomber dans le kitsch. C’est le genre d’ouverture qui te donne envie de relancer l’album dès qu’il se termine et c’est aussi, je ne le cache pas, un live au Pinkpop 1996 que je mate et remate en boucle.
S’il fallait résumer Mandylion en deux morceaux, ce serait sûrement « In Motion #1 » et « In Motion #2 ».Le premier pose cette ambiance presque mystique, avec ses claviers enveloppants et cette rythmique en apesanteur. Anneke y est bouleversante, oscillant entre fragilité et puissance retenue.
Et puis il y a cette continuité avec la Part II… une idée simple sur le papier, mais terriblement efficace. Ça donne une cohérence émotionnelle à l’album, une sorte de boucle introspective. Je ne m’en lasse jamais. Jamais.