[Chronique] Haken – Vector

En vadrouillant sur Youtube en début de décennie j'étais tombé sur une vidéo intitulée Haken - Aquarius [Prog Masterpiece] ou quelque chose dans le genre. Avec un titre pareil ça sentait le groupe anglais amateur un peu bancal s'essayant au Rock Progressif, il n'y avait même pas plus de 5000 vues, mais par curiosité j'ai voulu écouter et ce fut le début d'une relation parfaite, bientôt 8 ans sans accrocs, beaucoup de bonheur alors pourvu que ça dure. Pendant toutes ces années, je n'ai pas été le seul à avoir été impressionné par Haken, à tel point qu'aujourd'hui,  avec 5 albums et un EP en moins de 10 ans d'existence, le groupe s'est forgé une réputation très solide dans la sphère du Metal Progressif. C'est simple, sur ces dernières 10 années, il y a très peu de groupes de progressif qui peuvent se targuer d'avoir été aussi innovants, créatifs et exigeants que Haken. Instrumentations complexes, performances lives de haut niveau, arrangements d'une créativité unique et précision chirurgicale, les anglais se sont fixé un challenge énorme, la recherche de la perfection, objectif si flou dans un monde où la musique se juge sur des critères souvent subjectifs.

Après un album Affinity aux relents de sons des 80's, Haken revient avec sa nouvelle pépite Vector. L'album démarre par "Clear" à l'orgue accompagné de nappes de claviers posant une ambiance intrigante. "The Good Doctor" enclenche avec l'efficacité habituelle du sextuor, une apparence simple mais déjà une mélodie entraînante et des riffs qui groovent dans un rythme incessant. Les touches de claviers "lo-fi" tirées des années 80 font toujours aussi bien leur effet. Au chant Ross Jennings dont le timbre de voix unique fait généralement l'effet du j'adore / je déteste pousse le titre avec énergie.
L'album suit sur "Puzzle Box", un titre où Haken expérimente pendant un peu moins de 8 minutes. Les différentes rythmiques, les arrangements qui pourraient faire mal à la tête des moins doués en mathématiques et les samples finement placés font du morceau l'un des candidats les plus représentatifs du son typique des anglais. Le talent des protagonistes, si quelqu'un en doutait, n'est ici plus à questionner. L’agressivité des riffs, le dynamisme et la volupté du jeu de Ray Hearne derrière les fûts font vite comprendre que les britanniques ne rigolent pas avec la palette technique, un critère si important dans cette niche musicale.

 

 

Titre le plus long de Vector, "Veil" ne laisse pas le temps à l'auditeur de respirer. Sur une longueur de d'environ 13 minutes, le titre se révèle d'une complexité rarement égalée. Tout dans "Veil" tire les qualités des musiciens vers le haut, de la virtuosité à l'expression la plus simple de la musicalité, l'expérimentation ici est telle qu'il est impossible de rester sans émotion devant une telle richesse de composition. Les différents solos, l'orchestration, l'alternance de passages calmes et plus heavy, les claviers électroniques et la voix portante de Jennings classe "Veil" dans une ligue à part, il y aurait tellement de chose à dire sur ce titre qu'une chronique entière devrait lui être dédiée.

Après déjà quasiment une demi-heure de rentre dedans et de rythmes syncopés, les britanniques n'offrent pas pour autant de répit. "Nil By Mouth" est un titre instrumental qui encore une fois révèle une grande virtuosité, à tous les étages. Ici Haken inclue des sonorités "futuristes", les rythmiques "djentty", les claviers synthétiques donnent un ensemble à la sonorité avant-gardiste, résolument moderne sans jamais créer l'ennui. Quand le titre semble sur la fin, un long dernier tiers accapare l'espace sonore, peut être le moment de l'album qui en apparence serait simpliste mais redoutablement efficace. Ce dernier tiers est un magnifique voyage, planant, prenant aux tripes avec des guitares qui martèlent un riff ravageur accompagnée en arrière plan par une guitare Post-Rock des plus réussi.

 

"Host" démarre avec un jazz délicieux à la trompette. Ross Jennings suit avec une douce mélodie, les instruments à cordes l'accompagnent à la façon d'un Anathema jusqu'à ce qu'une guitare acoustique prenne le relai, cette dernière accompagnée par un clavier aux sonorités vintage rappelle Opeth. "Host" est sans doute le titre le plus émotionnel de l'album. Haken clôture avec "A Cell Divides", titre empruntant lui aussi quelques riffs à la mouvance Djent, il se veut pourtant varié avec un apport important du clavier donnant de la hauteur au morceau. Jennings étale ici ses capacités vocales, les riffs de guitares mettent encore une fois la barre très haut de part la qualité et la cohérence de leur arrangements.

Vector tape extrêmement fort. L'album est pourtant le plus court de la discographie des britanniques, se rapprochant ainsi plutôt du côté de l'EP "Restoration". Vector va faire grincer des dents chez la plupart des groupes de Metal Progressif ayant prévu de sortir un album fin 2018, il se peut qu'il n'y ai plus de place dans la playlist des auditeurs de ce genre, Haken à cassé le game.

 

 

Note de l'album : 5/5

La note des lecteurs
[Total: 4 Moyenne: 4.5]

La note des lecteurs
[Total: 4 Moyenne: 4.5]
The following two tabs change content below.

1 commentaire sur “[Chronique] Haken – Vector”

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.