Le trio lyonnais revient avec Moondrift, un EP d’une petite demi-heure, quatre titres, zéro ligne de chant, et une envie manifeste d’emmener le Stoner là où il ne traîne pas d’habitude. Pour ceux qui fréquentent les salles de la région, ce sont des visages familiers, le genre de zikos qu’on croise régulièrement dans la scène locale et qui viennent soutenir les autres groupes plutôt que de rester dans leur coin. Ça méritait d’être dit avant de rentrer dans le vif du sujet.
Et le sujet, justement, c’est un mini-album instrumental qui confirme l’habileté du groupe à faire bifurquer le Stoner hors des ornières trop fréquentées du genre. Quelque part entre le fuzz chaude du Desert Rock et un Rock Progressif plus aérien, Moondrift déploie une identité sonore maîtrisée dans laquelle je me suis laissé embarquer sans aucuns problèmes.
Une dérive cosmique aux arêtes bien taillées
Le morceau-titre Moondrift ouvre le bal et te plonge rapidement dans une ambiance qui oscille entre Prog’n’Roll et passages plus planants, avec des nappes de gratte réverbérées et noyées sous les delays. Le riffing est bon, la basse danse. Le groupe impose son tempo dès les premières minutes, une montée en puissance rythmique portée par la basse d’Emmanuelle, sur laquelle la gratte de Sébastien vient poser des motifs mélodiques amples et quelques parties leads bien senties aux saveurs Desert Rock, très équilibrées. Le trio fonctionne sans bavure, et l’absence de chant laisse tout l’espace nécessaire aux structures pour respirer et évoluer. Sur le dernier tiers, ça devient plus rentre-dedans avant de revenir au motif du début. Je ne prends pas énormément de risques en disant que ça devrait sacrément donner sur scène.
Ragdoll Boogie injecte ensuite un groove différent et apporte une cassure bienvenue dans la progression du disque. La saveur est franchement bluesy, les lignes de basse se baladdent un peu partout, et on sent le plaisir d’explorer derrière les cordes. Le genre de morceau où tu devines les smiles en studio. Avec Carving Stone From Space, le curseur part vers quelque chose de plus spatial comme le titre laisse transparaître. Le morceau joue sur des contrastes de saturation et oscille entre riffs lourds et textures plus éthérées. Mais ce qui me marque surtout, c’est l’accroche immédiate (un riffing bien Rock qui t’attrape dès l’entrée) avant qu’on s’envole dans une épopée Prog assez délicieuse. Ça raconte une histoire. Et ça me ramène un peu, en quelque sorte, à cette sensation de planer que j’avais à l’écoute d’Amplifier ou d’Oceansize il y a quelques années. Pas mal comme madeleine…
The Sailor & The Eclipse vient conclure l’ensemble sur une note narrative et affirme la capacité du groupe à bâtir un morceau évolutif sans tomber sur de la démonstration technique lourdingue. Sur les dernières sections, il y a presque un petit côté Diablo Swing Orchestra, avec un duo basse/drums qui donne sérieusement envie de bouger. Un sacré groove, et encore un titre qui devrait bien cracher en live.
Une production qui laisse respirer
Côté technique, le mix met en valeur le grain de la gratte et la rondeur de la section rythmique, pendant que le mastering apporte une clarté bienvenue. Résultat, une production franchement sympa, qui ne cherche pas à t’écraser mais à te faire entendre ce qui se joue. L’esthétique visuelle est soignée et complète bien l’univers désertique et astral du projet, le clip de Carving Stone From Space en est un parfait exemple.
Moondrift est un effort cohérent, bien produit et bien structuré. Sans faire exploser les codes du Stoner Progressif, From Sand to Stardust livre quatre pistes solides qui témoignent d’une vraie maturité d’écriture.
Techniquement, ça touche. Je suis particulièrement séduit par la gratte, bien mise en avant, avec un vrai style bien à elle. Comme quoi une Telecaster dans du gros Rock, ça marche aussi. Les morceaux ne sont pas noyés inutilement dans une fuzz enveloppante, on entend très bien les nuances dans le jeu, et ça, j’apprécie énormément. La basse est vraiment groovy et apporte beaucoup à ce côté Prog’n’Roll que le groupe assume pleinement. Quant à la partie rythmique derrière les fûts, rien à redire non plus. Je suis moins connaisseur donc je ne vais pas m’étaler, mais aucune mauvaise surprise, et à aucun moment je ne me suis dit « il en fait trop ».
Un bien bel EP pour une formation qui, nul doute, saura séduire. Et quand c’est bon comme ça, je regretterais presque que ce ne soit « qu’un EP ». J’aurais bien signé pour deux ou trois titres de plus, mais c’est ma gourmandise qui parle…
En résumé
From Sand to Stardust - Moondrift
Les +
- Une gratte au style bien à elle qui respire, une basse qui danse du début à la fin, et quatre titres cohérents qui oscillent entre envolées Prog et groove Rock sans jamais vouloir en faire trop.
Les -
- Ça s'avale en une petite demi-heure et je reste sur ma soif, un peu comme une bonne petite IPA qu'on t'aurai servie en galopin.
Review
-
Ça groove, ça plane, ça décolle ! Un voyage abouti.
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Originaire des Pyrénées, je traine mes pattes dans la scène Rock depuis plus de 20 ans. Je couvre les concerts avec mon vieux réflex d’une main et mon stylo de l’autre, toujours prêt à partager mon opinion. Que ce soit sur scène ou en festival, je balance mes chroniques et live reports capturant l’essence de ma propre expérience.


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