Je pousse la porte du Périscope avec cette excitation d’un soir d’ouverture, celle où tu sais que les organisateurs veulent marquer le coup. Le festival Récif démarre presque à pas feutrés avec une présentation du festival, l’entrée libre à ce moment attire autant de curieux que d’habitués. Là-haut, dans la salle supérieure, ça bruisse déjà d’une excitation diffuse et l’immersion démarre…
Nina Garcia
J’en avais déjà entendu parler, et je savais que ça n’allait pas être un simple one woman show. Nina Garcia, c’est avant tout une expérience. Une performance presque physique, pas uniquement musicale. Ce soir ne déroge pas à la règle.
La lumière est timide, presque fragile. Elle éclaire à peine cette silhouette seule sur scène, comme abandonnée dans un coin du monde. Et pourtant, dès les premiers sons, ça bascule dans un tout autre univers. Ce qui sort des enceintes, c’est du Noise habité, viscéral, parfois franchement déstabilisant. Un truc qui te met mal à l’aise juste ce qu’il faut pour t’obliger à rester.
Je fixe ses mains, ce qui fait office de médiator est improbable, genre un micro bricolé façon DIY. Ça bidouille, ça grince, ça explose par moments. Son jeu me fait penser à un peintre d’art moderne. Sur le moment, tu ne comprends pas forcément où elle va. Des coups de pinceaux sonores jetés sans logique apparente. Et puis, à mesure que le tableau se construit, une cohérence étrange émerge. Tu prends du recul, et ça te parle.
Ce contraste entre la fragilité visuelle et la radicalité sonore est fascinant. C’est brut, sincère, un peu inconfortable, mais totalement captivant. Un set intrigant, qui te laisse avec plus de questions que de réponses, et c’est exactement pour ça que ça vaut le détour.
De Mond
Changement total d’ambiance avec De Mond, je débarque sans aucun repère. Zéro a priori, juste les oreilles grandes ouvertes. Alors forcément, je parlerai plus de ressenti que d’analyse à proprement parlé.
Et clairement, on plonge dans un délire bien expérimental. Pas si éloigné dans l’esprit de ce que peut proposer Aluk Todolo, mais avec une approche plus électronique, plus mutante.
Sur scène, le setup est parlant. À droite, un mélange de drums et de pads électroniques. À gauche, un cocktail de machines et de percussions réduites. Les deux types semblent complètement immergés dans leur monde, comme s’ils avaient coupé toute connexion avec la réalité.
Le son est dense, épais. Des voix trafiquées, presque inhumaines, viennent se greffer sur des boucles kaléidoscopiques et des nappes synthétiques qui s’entremêlent sans vraiment se stabiliser. C’est un chaos organisé, une sorte d’Electro Rock déglingué qui te prend à revers.
Et pourtant, ça groove. D’une manière étrange, presque coupable. Comme si bouger la tête là-dessus relevait d’un choix conscient, borderline. Je reste accroché au jeu du batteur. Hyper dynamique, avec une vraie personnalité. Et là où je suis placé, les crashs et la ride me percutent de plein fouet. Ça vibre dans la tronche, littéralement. Et franchement, c’est loin d’être désagréable.
De Mond, c’est une performance inattendue. Un truc qui pourrait parfaitement retourner un festival électro un peu vénère en pleine nuit. Original, intense, et complètement à part.
ZU
Et puis arrive le moment que j’attendais. Zu. Impossible de rater ça, surtout avec un album comme Ferrum Sidereum dans les valises, que je considère sans hésiter comme une pépite qui trônera dans mon Top 2026.
Je dois le dire, la programmation du festival Récif sur ce coup-là est audacieuse, et ça fait un bien fou.
Dès les premières nappes de mellotron de Luca, je sens que ça va être violent. Et je ne me trompe pas. L’entrée en matière est directe, lourde, sans concession. Un esprit résolument Metal, mais sans gratte. Et pourtant, ça cogne comme si une 7 cordes était planquée quelque part.
La setlist est une dinguerie. On se prend l’intégralité de Ferrum Sidereum en pleine face.
Charagma installe une montée en tension interminable. Massimo, à la basse, ne fait pas dans la dentelle. Ça frappe, ça écrase. Puis Golgotha enchaîne et vient enfoncer le clou avec ses textures plus épaisses, presque cinématographiques. Quand le trio se cale sur ces rythmiques massives, c’est impossible de ne pas plonger.
Gros highlight avec A.I Hive Mind. Luca maltraite son sax comme s’il voulait en extraire les entrailles. Le résultat est bluffant. Il remplace sans problème un guitariste de Metal Progressif moderne, avec des phrases qui évoquent des hammer et pull offs ultra agressifs. Le duo Massimo et Paolo derrière est monstrueux. À ce niveau-là de précision et de puissance, un fan de Rush pourrait lever un sourcil.
Et puis il y a La Donna Vestita Di Sole. Mon moment. Presque dix minutes qui rayonnent dans un univers Doom Jazz totalement occulte. Les lumières virent à l’orangé, l’atmosphère devient dense, presque mystique. Les infrabasses te traversent le corps. Déconnection totale avec le monde réel…
Sur The Celestial Bull and the White Lady, on respire un peu. Le morceau prend une dimension plus ample, moins frontale. Je remarque que le motif de basse, plus aigu, sonne différemment de la version studio. Plus industriel, plus rugueux. Et ce contraste avec les envolées de sax fonctionne à merveille.
Et puis il y a Paolo (qui nous fait l’honneur de jouer sur les batteries ASBA de Lyon 7e !). Derrière les fûts, c’est un monstre. Impossible de ne pas penser à Danny Carey de Tool pour ce côté structures improbables, ou à Tomas Haake de Meshuggah pour ces cycles répétitifs hypnotiques. Mais il a sa propre patte. Et quelle patte. Franchement, j’ai presque l’impression qu’il est l’instrument lead du trio.
Derrière eux, un écran diffuse des visuels tantôt psychédéliques, tantôt désertiques, parfois juste un astéroïde perdu dans le vide. Toujours désaturé, jamais tape-à-l’œil. Ça colle parfaitement à l’univers des transalpins.
Et quand arrive le final sur Ferrum Sidereum, c’est l’explosion. Luca part en roue libre free jazz, Paolo démonte tout sur son passage, et moi je suis à deux doigts de headbanger comme un possédé.
Je savais que ça allait être fort. Mais pas à ce point.
Je n’ai pas envie de survendre Zu. Mais honnêtement, c’est une des expériences live les plus marquantes que j’ai prises récemment dans ce registre. Une musique exigeante, sans aucune barrière, exécutée avec une maîtrise hallucinante. Ça me rappelle le choc que j’avais pris avec Shining (NO) à l’époque. Ce genre de moment où tu ressors un peu sonné, mais avec le sourire.
Et sérieusement, la scène italienne en ce moment… c’est indécent.
Je quitte le Périscope avec le sentiment d’avoir vécu une ouverture de festival à la fois radicale et parfaitement maîtrisée, un crescendo sonore qui trouve son apogée avec Zu, impérial, livrant un set aussi dense que percutant autour de Ferrum Sidereum.
Une soirée sans concession, immersive de bout en bout, qui impose d’entrée une identité forte au festival Récif, avec cette exigence artistique qu’on retrouve autant dans sa programmation que dans celle du Périscope.
Un grand merci au Périscope et au festival Récif pour l’invitation et pour m’avoir permis de couvrir cette belle claque sonore.
![[Live Report] Zu + De Mond + Nina Garcia - 14/04/2026 @Le Periscope, Lyon 38 Djamel Profil](https://www.noise-injection.com/wp-content/uploads/2024/02/Retoucheprofile-pic-enhance-faceai-sharpen.jpg)
Originaire des Pyrénées, je traine mes pattes dans la scène Rock depuis plus de 20 ans. Je couvre les concerts avec mon vieux réflex d’une main et mon stylo de l’autre, toujours prêt à partager mon opinion. Que ce soit sur scène ou en festival, je balance mes chroniques et live reports capturant l’essence de ma propre expérience.


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